"Dans sa lutte contre le travail des enfants, le Réseau du Système des Nations Unies pour le développement rural et la sécurité alimentaire peut appuyer une approche coordonnée afin d'entamer la lutte contre le travail des enfants et de compléter le travail de chacune des organisations des Nations Unies." -
Frans Röselaers
Dans cet entretien, M. Frans Röselaers, Directeur du Programme international du
Bureau International du Travail (BIT) pour l'élimination du travail des enfants (International Programme for the Elimination of Child Labour/IPEC), parle de la situation du travail des enfants dans les régions rurales ainsi que des résultats significatifs obtenus par le programme IPEC.
Quelle est la situation actuelle dans le domaine du travail des enfants, en particulier dans les zones rurales?
Frans Röselaers: D'après de nouvelles estimations internationales publiées l'année dernière, près de 246 millions d'enfants dans le monde travaillent et environ 70 pour cent de ces enfants sont employés dans l'agriculture, les pêches ou l'exploitation des forêts. Beaucoup d'entre eux travaillent pour les récoltes ou dans la transformation des produits agricoles. Nous avons remarqué que la fréquence des formes de travail des enfants les plus pénibles a augmenté en 2000 par rapport à cinq ans auparavant. Près de 120 millions d'enfants en milieu rural sont impliqués dans des formes de travail qui peuvent les rendre malades, les blesser ou même les tuer. Les enfants qui travaillent dans le secteur agricole manipulent souvent des substances dangereuses, telles que des pesticides, des produits chimiques, des poussières, portent de lourdes charges sur de longues distances ou bien font fonctionner ou travaillent à coté de grosses machines.
Quel type de participation mettez-vous en oeuvre au niveau territorial?
Un des accomplissements du Programme international pour l'élimination du travail des enfants (IPEC), établi il y a dix ans, est l'adoption en 1999 de la Convention du BIT sur les pires formes de travail des enfants (N°182). Cette convention a été importante car elle a établi une distinction entre les différentes formes de travail des enfants et a attiré l'attention du public international sur le besoin d'agir immédiatement pour éliminer ces formes de travail imposées aux enfants, à la fois dangereuses et préjudiciables à leur bien-être. Ce genre de travaux empêche les enfants d'aller à l'école et, à long terme, il diminue leur potentiel pour s'épanouir pleinement en tant qu'adultes. Cette convention a suscité beaucoup d'intérêt et a été ratifiée par 147 états membres du BIT. La convention qui adopte un âge minimum (N°138) a aussi été ratifiée par 130 pays. Ces deux conventions encouragent les pays à agir et à s'associer avec d'autres partenaires tels que les syndicats, les organisations professionnelles et les ONG pour agir concrètement avec l'aide financière des donateurs. Les gouvernements pourraient aussi changer les lois et les faire appliquer afin de permettre aux enfants d'aller à l'école et d'aider les parents à augmenter leurs revenus et ainsi leur éviter de faire travailler leurs enfants.
Quels ont été les résultats concrets du programme?
Nous pouvons mentionner plusieurs cas de pays qui ont réussi à réduire le travail des enfants grâce à l'aide du programme IPEC. Par exemple, au Bangladesh, il y a cinq ans, 50 % des industries du vêtement employaient des enfants. Nous avons maintenant réussi à obtenir le retrait d'un grand nombre d'enfants des usines où ils travaillaient et à réduire ce chiffre à 2 pour cent. Cela a été obtenu avec la collaboration des industries en collaboration avec les syndicats locaux et des organisations des Nations Unies telles que l'UNICEF et le BIT. Le partenariat créé avec l'industrie du tabac dans plusieurs pays de l'Afrique du Sud et de l'Est est un autre exemple significatif. Ce partenariat a affronté le travail des enfants en analysant la situation des enfants ouvriers dans de petites fermes et plantations, en créant des écoles et en augmentant leur fréquentation. Le partenariat a aussi aidé les parents à améliorer leurs revenus.
Un troisième exemple nous conduit en Amérique centrale où la lutte contre le travail des enfants cible des sous-secteurs agricoles tels que la culture du café, des bananes, des légumes (tomates, pastèques, etc.). Les efforts dans ce domaine visent à réduire les heures de travail des enfants, à les éloigner des postes de travail dangereux et à les envoyer à l'école.
Comment le BIT et la FAO peuvent-ils lutter conjointement contre le travail des enfants?
Nous oeuvrons tous vers le même objectif. La FAO lutte contre la pauvreté en élevant les niveaux de vie et les standards alimentaires, en améliorant la productivité agricole et les conditions de vie des populations rurales. Cela aide de nombreux parents à ne pas avoir recours au travail de leurs enfants. Le facteur principal conduisant au travail des enfants est la pauvreté. Lorsque les parents sont mal payés ou sans emploi, les enfants doivent travailler pour participer au revenu de la famille. Dans de nombreux cas, leur survie et celle de leur famille en dépendent. Les enfants ouvriers ne peuvent pas aller à l'école et à long terme, lorsqu'ils seront adultes, ils auront moins de possibilités d'emploi et un revenu insuffisant. La FAO, peut contribuer à favoriser la productivité agricole et la technologie et aider les collectivités à faire en sorte que les familles bénéficient d'un revenu suffisant.
L'initiative FAO-UNESCO, Une éducation pour les populations rurales (pour plus d'informations, vous pouvez consulter la
mise à jour du mois d'août du site) tente de favoriser l'éducation dans les régions rurales en vue de garantir la sécurité alimentaire et réduire la pauvreté en augmentant le soutien technique aux pays désireux de prendre en considération les besoins scolaires fondamentaux des populations rurales.
Cette initiative ressemble à celle entreprise par le BIT, l'UNESCO, la Banque Mondiale et l'UNICEF qui tentent d'attirer l'attention des ministres du développement et de l'éducation sur l'importance de l'éducation pour lutter contre la pauvreté et combattre le travail des enfants. Les membres de ce groupe se sont rencontrés il y a deux semaines à New Delhi, Inde.
Comment le Réseau du Système des Nations Unies pour le développement rural et la sécurité alimentaire peut-il appuyer les initiatives relatives à la lutte contre le travail des enfants?
Le Réseau du Système des Nations Unies pour le développement rural et la sécurité alimentaire peut sérieusement aider et de plusieurs manières : il peut appuyer une approche coordonnée de ce problème, par des travaux qui se complètent mutuellement, en s'assurant que les différentes facettes du problème soient prises en considération d'une manière holistique. Cela peut nous aider à renforcer notre message de sensibilisation contre la pauvreté et la faim. Sur le terrain, le Réseau peut aussi promouvoir des initiatives conjointes, en agissant contre le travail des enfants afin d'échanger des expériences et de renforcer les efforts. Il peut sensibiliser les consciences à l'égard du travail des enfants, en particulier sous ses formes dangereuses, en atteignant les agriculteurs et ouvriers agricoles, les personnels d'encadrement ou des projets dans les pays de même que les enseignants et les communautés elles-mêmes.
Pour plus d'informations sur le
Programme international pour l'élimination du travail des enfants du BIT, vous pouvez visiter son site à l'adresse:
http://www.ilo.org/childlabour