Entretien avec les Chefs d'équipe des études de cas sur le projet relatif à l'évolution des systèmes agricoles vers l'ADRD



Dominique Legros (Consultora del Servicio de la FAO sobre
Instituciones Rurales y Participación), Antonio Quinoz,
Alpha Kergna, Jaime Salinas (Líderes de grupo del Proyecto
ADRS-ESA) y Marcelino Avila (Oficial del Servicio
de la FAO sobre Instituciones Rurales y Participación)
[Foto RDFS Network/D.Martinez]




"Dès son commencement, l'étude de cas aux Philippines a été menée comme un partenariat auquel collaborent le gouvernement, le secteur universitaire et la société civile." - Antonio Quizon

"Un processus fortement participatif a été mis en place entre les partenaires qui travaillent à la mise en oeuvre du projet ADRD-ESA au Honduras." Jaime Salinas

"Au Mali, une leçon importante tirée de l'étude de cas est l'identification par les partenaires de nombreuses approches relatives au développement durable." Alpha Kergna


Dans cet entretien, Alpha Kergna, Antonio Quizon et Jaime Salinas, chefs d'équipe des études de cas exécutées dans le cadre du projet relatif à l'évolution des systèmes agricoles vers l'ADRD, donnent une vue d'ensemble sur les initiatives prises au Mali (système d'exploitation mixte céréales/tubercules), aux Philippines (système d'exploitation riz de bas-fonds) et au Honduras (système d'exploitation maïs/haricot) . Ils nous font part des principales leçons apprises et des partenariats établis.

Le Projet ADRD-ESA

EL'objectif du projet "Evolution des systèmes agricoles vers l'agriculture et le développement rural durables (ADRD-ESA)" est de renforcer la capacité des institutions gouvernementales et non gouvernementales à planifier, mettre en oeuvre et évaluer des politiques et des stratégies concernant l'agriculture et le développement rural durables.

Afin d'assurer la participation et la consultation la plus large, tous les acteurs, qu'il s'agisse du gouvernement, de la société civile, du secteur privé, des associations paysannes ou des agences extérieures de coopération, sont impliqués dans les études de cas, du niveau local et territorial jusqu'au niveau national, ainsi que dans le cadre d'ateliers nationaux et régionaux.

Un partenariat Sud - Sud des équipes nationales en charge des études de cas est encouragé au travers de réunions des chefs d'équipe, conduites alternativement dans chacun des pays, et à l'aide d'un travail en réseau permanent des équipes.




Comment la création de partenariats s'est-elle développée et quels sont les principaux acteurs impliqués dans votre étude de cas?

Antonio Quizon: Dès son commencement, l'étude de cas aux Philippines a été menée comme un partenariat auquel collaborent le gouvernement, le secteur universitaire et la société civile. Cinq institutions multi partenaires sont directement impliquées: la Coalition asiatique des ONG (ANGOC), le Conseil des Philippines pour la recherche et le développement sur l'agriculture, les forêts et les ressources naturelles (PCARRD), le Centre régional d'Asie du Sud-Est pour les hautes études et la recherche en agriculture (SEARCA) et les deux universités agricoles de pointe, l'Université des Philippines - Los Baños et l'Université d'Etat du Luzon central. Par ailleurs, notre comité de direction comprend les institutions nommées ci-dessus ainsi que les trois départements gouvernementaux s'occupant du développement rural (agriculture, réformes agraires ainsi que développement rural et environnement). La planification nationale gouvernementale et les représentants de la Fédération nationale des organisations paysannes des Philippines (PAKISAMA) participent également au projet.

Jaime Salinas: Au Honduras, un processus très participatif s'est engagé entre les partenaires identifiés pour travailler sur la mise en oeuvre du projet ADRD-ESA dans la région du sud-ouest, municipalité de Candelaria, département de Lempira et dans la zone du nord-ouest, municipalité d'Arada, département de Santa Barbara. Ce projet a été conçu selon la méthodologie proposée et a eu l'avantage de bénéficier d'une équipe technique durant la réunion du Comité national de Coordination, de six ateliers locaux réunissant les divers acteurs concernés et d'autres ateliers qui se sont tenus aux niveaux national, municipal et inter municipal. Les partenaires principaux, aux niveaux national, départemental et régional comprennent les institutions gouvernementales, les ONG, les organisations de producteurs, les centres universitaires et scientifiques, les organisations internationales et les représentants de projets spécifiques sur le terrain.

Alpha Kergna: Afin de développer un partenariat solide nous avons dressé une liste d'organisations qui s'occupent de la durabilité à un niveau national et identifié celles qui s'intéressent aux objectifs de l'ADRD et qui sont prêtes à collaborer. Nous les avons invitées à tous les ateliers en les tenant informées de l'avancement du projet. Aux niveaux du système agricole et du territoire, les partenaires sont identifiés en utilisant des liens nationaux déjà établis. Parmi les partenaires certains sont choisis pour faire partie du comité de pilotage. Ce comité est chargé de suivre et évaluer au niveau national toutes les activités du projet.

Quel type de participation mettez-vous en oeuvre au niveau territorial?

J.S.:La participation au niveau municipal et départemental est multi institutionnelle, multisectorielle et interdisciplinaire. Dans cette analyse, les petits et moyens producteurs, les institutions gouvernementales, les ONG et les organisations qui appuient la production de haricots et de maïs peuvent faire converger leurs idées, priorités et propositions. La participation des maires en tant qu'autorités principales de leur ville et coordinateurs des travaux de terrain dans leur zone respective a aussi été très importante. Au niveau local, près de 30 personnes ont participé au processus et ont considéré que les efforts réalisés durant cette phase du projet étaient continus et productifs.

A.K.: Au niveau territorial, nous avons organisé des réunions avec des institutions techniques du gouvernement, des ONG et la société civile pour leur présenter les objectifs du projet et les impliquer dans toutes nos activités. Ces partenaires furent invités à contribuer à tous les ateliers. Les acteurs impliquées rassemblent actuellement des informations sur les indicateurs, des données primaires sur le terrain et participent à un atelier au niveau territorial. Ils participeront aussi à l'atelier national où ils présenteront une série d'initiatives entreprises à leur niveau.

A.Q.: Ces huit derniers mois, nous avons étudié l'évolution des systèmes rizicoles pluviaux, en analysant cette évolution du point de vue des différents partenaires, en particulier de celui des petits paysans eux-mêmes. Au niveau local, l'étude a impliqué les gouvernements locaux, les riziculteurs, les agents de développement et la communauté universitaire dans la province de Nueva Ecija. Cette province, qui produit 20 pour cent de la production totale de riz du pays, arrive en tête des 77 provinces du pays comme productrice de riz. Cependant, 40 pour cent de la province dépendant de la pluviosité, de nombreux paysans locaux vivent pauvrement car ils pâtissent d'une faible productivité due à des conditions de production instables. Cette étude a suscité un intérêt local car, jusqu'à présent, les riziculteurs n'irriguant pas leurs cultures ont bénéficié d'une attention moindre.

Quelles sont les leçons apprises et comment peuvent-elles servir à votre institution?

A.Q.: Cette étude de cas a fait ressortir plusieurs leçons importantes. L'une d'elles est la nature intégrée des domaines et des connaissances nécessaires pour apporter une réponse permettant d'aider les paysans pratiquant des cultures pluviales. Ainsi, dans les sites analysés, les familles paysannes dépendent à présent de ressources non agricoles pour plus de la moitié de leurs revenus familiaux. Durant la saison sèche, la plupart des paysans émigrent temporairement vers les villes, à la recherche d'emplois saisonniers. Par conséquent, les efforts de développement pour aider chacun des fermiers exigent une approche intégrée qui s'intéresse non seulement à l'amélioration de ce type d'agriculture, mais aussi aux autres besoins du ménage, et aux autres moyens d'existence possibles.

A.K.: La diversité des approches proposées par les partenaires est la leçon la plus importante que nous avons tirée : approches concernant le développement durable, l'identification des problèmes de communication entre les niveaux local et national ainsi que le problème de la fiabilité des partenaires. Nous avons aussi sous-estimé le temps nécessaire aux approches participatives.

J.S.: Parmi les leçons apprises nous pouvons citer:
  • L'identification des partenaires principaux, leur relation avec la conception de projet et d'activités liés à l'agriculture durable sur les terrains en pente et leur participation à l'exécution du Projet ADRD-ESA.
  • La méthodologie mise en oeuvre peut être reprise par le Programme pour l'agriculture durable sur les terres en pente d'Amérique centrale (PASOLAC en espagnol) afin d'aborder ces sujets aux niveaux local, territorial, national et international (Salvador et Nicaragua).
  • L'expérience acquise durant ce projet permet au personnel du PASOLAC de renforcer son expérience professionnelle tout en transférant des connaissances et des concepts touchant à l'ADRD à différents acteurs et à plusieurs niveaux.


En gardant à l'esprit la troisième rencontre de chefs d'équipe qui a eu lieu, à Rome, du 24 au 27 novembre 2003, quelles sont les futures étapes du projet?

A.K.: Après cette rencontre, nous soumettrons le 22 décembre le premier rapport intermédiaire sur cette étude de cas, et nous continuerons à travailler sur des propositions et des recommandations pour une évolution vers l'ADRD jusqu'à la quatrième rencontre de chefs d'équipe qui sera organisée à la mi-mars au Mali. Après cette rencontre, nous soumettrons en avril 2004, le rapport final de cette étude de cas. Les ateliers devant valider les outils construits par la FAO seront organisés huit mois plus tard. Le rapport final sera soumis en 2005. Trois ateliers régionaux (en Afrique, en Amérique latine et en Asie) devraient être organisés dans le futur.

A.Q.: Nous continuerons le dialogue entre les différents acteurs, dans le but d'identifier les priorités des prochaines étapes et des recommandations. Début 2004, notre équipe de recherche terminera un premier projet de rapport qui sera discuté à l'occasion d'un atelier national multipartenaire. Les élections nationales étant prévues en mai 2004, nous espérons de formuler à temps des recommandations stratégiques pour la nouvelle administration.

J.S.: Au niveau local, une série d'ateliers municipaux et inter municipaux seront organisés afin de donner la possibilité aux partenaires participant aux études de cas de valider les résultats en présentant leurs analyses et suggestions relatives aux mesures politiques et aux stratégies innovatrices liées au développement de la culture du maïs et des haricots. Ces mesures politiques et ces stratégies aideront le gouvernement au niveau national à prendre les décisions permettant d'atteindre un développement agricole durable. D'autres étapes sont prévues telles que la tenue d'ateliers nationaux organisés par le Comité de coordination national dans le but d'arriver à des conclusions et de discuter les politiques proposées qui doivent aider les organisations gouvernementales et non gouvernementales à prendre leurs décisions.

Pour avoir davantage dínformations sur le project ADRD-ESA, vous pouvez télécharger la brochure de preséntation du projet en cliquant ici.