Entretien entre MM. Antonio Onorati, coordonnateur International du Comité international de Planification des ONG/OSC (IPC) et M. Thomas Price, Chargé de programme à la FAO, Bureau de liaison des ONG/OSC




"Comme résultat général, on peut retenir la capacité de s'adresser aux gouvernements avec des propositions élaborées par les divers acteurs sociaux tout en gardant un lien, à travers l'IPC, avec les différentes conférences de la FAO."- Antonio Onorati


"Le Réseau du Système des Nations Unies devrait consulter la société civile par le biais de "réseaux de réseaux " aux niveaux régional et mondial - tels que l'IPC (Comité International de Planification), le Forum Permanent des Nations Unies sur les questions Autochtones, les Principaux Groupes Majeurs de la société civile - pour identifier et discuter les sujets principaux des forums et des publications à venir." - Thomas Price

À l'occasion de cet entretien, M. Thomas Price, Chargé de programme à la FAO pour le Bureau de liaison des ONG/OSC et M. Antonio Onorati, Coordonnateur International du Comité International de Planification des ONG/OSC nous font part de leurs points de vue sur les résultats des consultations régionales des ONG/OSC et commentent l'évolution des relations entre la FAO et la société civile.

Quels ont été les résultats principaux des consultations régionales des ONG/OSC qui ont eu lieu avant les conférences régionales de la FAO en 2004??

Antonio Onorati: Les ONG ayant participé aux consultations régionales qui se sont tenues avant les conférences régionales de la FAO ont discuté de certains thèmes d'intérêt régional évident comme le NEPAD pour l'Afrique ou les problématiques des peuples indigènes pour l'Amérique Latine. En dehors de ces thèmes, il y des point clés qui reviennent:
  • recherche agricole et priorités pour les agricultures locales
  • accès aux ressources naturelles, qui se caractérise différemment selon les régions mais qui reste un pivot central de l'action des mouvements sociaux (paysans, pêcheurs et peuples indigènes)
  • marché local par rapport au marché mondials
Comme résultat général, on peut retenir la capacité de s'adresser aux gouvernements avec des propositions élaborées par les divers acteurs sociaux tout en gardant un lien, à travers l'IPC, avec les différentes conférences de la FAO.

Thomas Price: Les résultats sont multiple,on peut citer:
  • la négotiation de positions régionales conjointes entre les groupes de la société civile sur une série de questions allant de la mobilisation des populations autochtones pour lutter contre la faim à de nouvelles relations entre la recherche agricole et l'agriculture à petite échelle.
  • les contributions des agriculteurs, des pêcheurs et d'autres groupes sociaux aux discussions techniques durant chaque Conférence Régionale de la FAO.
  • le développement de programmes de travail proposés dans des domaines spécifiques tels que l'agroécologie et l'agriculture dans des zones de conflit qui reflètent au mieux les préoccupations spécifiques de chaque région et de chaque société civile.
  • la préparation et présentation par la société civile aux Sessions ministérielles de chaque région, de déclarations formelles sur la faim et l'agriculture. (voir http://www.foodsovereignty.org/public/index/indexeng.php)
Comment ont évolué les relations entre la société civile et la FAO depuis le Forum sur la Souveraineté Alimentaire qui s'est tenu lors du Sommet Mondial de l'Alimentation, cinq ans après en 2002, particulièrement au niveau des pays?

A.O.:C'est là une des vraies difficultés: le niveau régional et local de la FAO a plus de difficultés à accepter un débat et un dialogue avec les mouvements sociaux, les organisations de la société civile et les ONG que le siège de la FAO. Il y a encore beaucoup de travail à faire à ce niveau.

Quels éléments pourraient être nécessaires pour continuer à améliorer la collaboration entre les ONG/OSC et les agences des Nations Unies?

T.P.: Il est évidemment nécessaire de renforcer le rôle de la société civile en tant qu'"observateurs" actifs lors des délibérations des Agences des Nations Unies au sein de leurs Organes Directeurs et Techniques. Par exemple, dans le futur, ces observateurs pourront jouer un rôle capital pour identifier les sujets opportuns et les plus pertinents devant être abordés et discutés lors du Comité de la FAO sur l'Agriculture. Leur rôle dans la négociation et la mise en oeuvre de conventions est également évident, comme dans le cas de l'imminente entrée en vigueur (29 juin 2004) du "Traité International sur les Ressources Phytogénétiques pour l'Alimentation et l'Agriculture ".

A.O.:Il faut renforcer le respect mutuel et le respect de l'autonomie et de l'autorégulation des acteurs sociaux Si les agences des Nations Unies veulent garder leur assise sociale dans le futur, elles doivent clairement se donner les moyens de travailler directement avec les mouvements sociaux.

Comment le Réseau du Système des Nations Unies peut-il appuyer ce processus à travers ses Groupes Thématiques?

A.O.:Il faut offrir des forums de discussions capables de faire passer directement au niveau du système des Nations Unies les attentes, les espoirs, les préoccupations que les sociétés ont en ce moment, car les gouvernements, aussi démocratiques soient-ils, ne sont pas le seul relais pour cela.

T.P.: Le Réseau du Système des Nations Unies devrait consulter la société civile par le biais de "réseaux de réseaux " aux niveaux régional et mondial - tels que l'IPC (Comité International de Planification), le Forum Permanent des Nations Unies sur les questions Autochtones, les Principaux Groupes Majeurs de la société civile - pour identifier et discuter les sujets principaux des forums et des publications à venir.

Quelles sont les prochaines étapes prévues pour la collaboration entre les ONG/OSC et la FAO ? T.P.:Il faudrait accroître la collaboration avec les Bureaux de la FAO dans les pays pour des initiatives telles que les Alliances Nationales contre la Faim, ou bien faire en sorte que la FAO agisse en tant que facilitateur pour le développement de partenariats entre le gouvernement et la société civile dès la mise en œuvre de nouveaux projets, programmes et formulations de politiques aux niveaux régional et national.

A.O.: Après la publication par la FAO du SOFA 2004 dans lequel elle soutient énergiquement l'utilisation de l'ingénierie génétique dans l'agriculture, position qui s'inspire complètement du secteur agro-industriel, l'IPC re-évalue ses collaborations futures avec la FAO. La résistance contre les Organismes Génétiquement modifiés (OGM) est unanime parmi les mouvements sociaux, les organisations et les ONG liées aux populations rurales, aux populations autochtones, aux consommateurs ou qui travaillent sur les problématiques alimentaires et agricoles. Avec le SOFA 2004, la FAO a perdu sa position équilibrée en ce qui concerne les choix technologiques ayant une forte incidence sur le futur de la production alimentaire de la planète. Cette réaction des mouvements sociaux, des ONG et des OSC va bien au-delà de l'IPC, mais l'IPC les relaiera.




Les avis exprimés dans les entretiens publiés dans le site Internet du Réseau du Système des Nations Unies sur le développement rural et la sécurité alimentaire n'impliquent aucune prise de position de sa part ni de celle-ci de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.