Entretien avec Mme Eva Clayton, Conseillère spéciale du Directeur général de la FAO sur le suivi du Sommet mondial de l'alimentation, M. Cyril Enweze, Vice-président du FIDA et M. Emile Frison, Directeur général de l'IPGRI

click for larger image Mr David Harcharik (FAO), Ms Eva Clayton(FAO-IAAH), Mr Francesco Strippoli (WFP), Mr Cyril Enweze (IFAD), Mr Emile Frison (IPGRI). Photo taken during WFD 2003 [Photo FAO/G.Diana]


"Plus de 840 millions de personnes dans le monde souffrent de la faim et un plus grand nombre encore sont victimes de carences en oligo-éléments. Les efforts mondiaux n'ont pas encore permis d'atteindre l'objectif du Sommet mondial de l'alimentation et celui du développement pour le Millénaire, à savoir réduire de moitié d'ici 2015 le nombre de personnes affamées dans le monde. La biodiversité est notre meilleure alliée dans la lutte contre la malnutrition. La protection de la biodiversité est un problème que nous ne pouvons nous permettre d'éluder"- Site Internet del la FAO sur la JMA 2004



Dans cet entretien, Mme Eva Clayton, Conseillère spéciale du Directeur général de la FAO sur le suivi du Sommet mondial de l'alimentation, M. Cyril Enweze, Vice-président du FIDA et M. Emile Frison, Directeur général de l'IPGRI, partagent leurs points de vue sur le thème de la Journée mondiale de l'alimentation de cette année et font une évaluation de ce qui a été réalisé par le partenariat établi l'année dernière entre les agences travaillant sur les questions alimentaires basées à Rome dans le cadre de l'Alliance internationale contre la faim. Pour sa part, le Programme alimentaire mondial soutient l'Alliance internationale comme modèle de réel partenariat mobilisant toutes les parties prenantes dans le combat contre la faim


Le thème de la Journée alimentaire mondiale de cette année est "Biodiversité pour la sécurité alimentaire". Comment la FAO, le FIDA, le PAM et l'IPGRI peuvent-ils travailler ensemble sur ce thème?

Eva Clayton: "Biodiversité pour la sécurité alimentaire" est un thème important pour toutes les agences de l'ONU. Il se réfère tant aux pratiques agricoles qu'à l'intégration sociale en termes de disponibilité et d'accès à la nourriture. La diversité biologique est essentielle pour l'agriculture et la production alimentaire. L'homme a besoin d'une variété d'aliments, de logements et de biens de consommation pour sa subsistance. Pourtant, il exerce une pression croissante sur quelques espèces et leur environnement. Il met ainsi en danger de nombreuses espèces végétales et animales, ainsi que des processus naturels essentiels comme la pollinisation par les insectes et la régénération des sols par les micro-organismes. Ainsi, toutes les agences de l'ONU basées à Rome sont intéressées par une participation aux célébrations de la Journée mondiale de l'alimentation (JMA). Elles peuvent partager les points des vue et expertises, enrichissant ainsi les célébrations organisées pour cette journée et renforçant leur coopération.

Emile Frison: Les agences basées à Rome fonctionnent déjà étroitement ensemble sur les questions liées à la sécurité alimentaire. Nous savons aussi que la sécurité alimentaire signifie plus que, simplement, la quantité de calories. La qualité alimentaire est quelque chose que nous devons aborder ensemble. La biodiversité agricole peut aider à fournir les minéraux et les vitamines qui satisfont la faim cachée liée à une nutrition médiocre. En même temps, une meilleure nutrition signifie une meilleure santé, et elle permet aux gens d'assurer leur propre sécurité alimentaire. Le but final doit clairement être de rendre les gens du monde entier indépendants et capables de fournir leurs propres besoins en nourriture.

Cyril Enweze: La biodiversité agricole peut aider les personnes pauvres du secteur rural à surmonter elles-mêmes la pauvreté. Les ressources génétiques des plantes, les ressources forestières ainsi que les institutions traditionnelles et les connaissances locales qui y sont liées sont des atouts essentiels que les personnes pauvres peuvent utiliser pour améliorer leurs conditions de vie, pour cultiver une nourriture de haute qualité et pour gagner leur vie. Les personnes pauvres vivant en milieu rural ont une compréhension profonde des plantes, des animaux, du bétail et de l'écosystème fragile qui soutiennent la vie. Le FIDA travaille pour renforcer le pouvoir des petits exploitants agricoles, en s'assurant qu'ils tirent bénéfice de leur connaissance des variétés de semences existantes et des pratiques de culture traditionnelle tout en préservant en même temps leur culture, leurs valeurs et leurs innovations. Pour aider les pays à renforcer leur capacité d'aide à leurs propres agriculteurs, nous favorisons aussi la recherche et la formation agricoles. Par exemple, nous avons aidé des agriculteurs à mieux identifier, évaluer, choisir, conserver et multiplier les semences. Nous favorisons également les échanges de connaissances scientifiques et locales entre les villages, les régions et les pays.

En commun avec la FAO et l'IPGRI, le FIDA travaille avec des partenaires dans la région sahélienne de l'Afrique pour organiser des foires de semences où les agriculteurs et les chercheurs peuvent partager leurs connaissances des meilleures pratiques. Le FIDA recherche des manières biologiquement respectueuses de contrôler les ravageurs de cultures. Le FIDA a accordé des subventions pour un total de $1,55 million de pour tester des techniques respectueuses de l'environnement et sûres pour lutter contre le criquet pèlerin en Afrique du nord et de l'ouest. Ce travail est mis en application en association avec la FAO.

Un autre secteur d'appui essentiel concerne le renforcement de la capacité des organisations d'agriculteurs à participer aux réunions internationales où ils peuvent influencer les décisions qui affectent leurs vies. Le FIDA forme des partenariats avec les ONG, le secteur privé et les institutions de recherche internationales pour aider les agriculteurs à tirer un meilleur profit du potentiel commercial de la diversité génétique, par exemple en introduisant des technologies pour effectuer les récoltes ou en identifiant les marchés idéaux pour les produits spécifiques. En Asie, nous collaborons avec une large gamme d'acteurs publics et privés pour développer et tester des méthodes de dédommagement des agriculteurs pour les services environnementaux qui protègent la biodiversité. Par exemple, des communautés pauvres protègent les forêts qui permettent la séquestration du carbone et des environnements de bassins versants qui conservent un large éventail de biodiversité.

Quels sont les principaux résultats atteints depuis l'effort commun sur l'Alliance internationale contre la faim lancé au cours de la Journée mondiale de l'alimentation l'année dernière?

C.E.: L'Alliance internationale contre la faim est un moyen efficace pour aider à l'éradication de la pauvreté et de la faim. Le FIDA soutient fortement l'approche de cette initiative, centrée sur la personne, et sa volonté d'être porte voix et porteur des aspirations des populations pauvres et souffrant de la faim. Nous sommes d'accord sur l'accent mis sur les partenariats, parce que la suppression de la faim et de la pauvreté exige le travail conjoint des gouvernements, des agences des Nations Unies, des institutions financières internationales et régionales, de la société civile, du secteur privé et des pauvres vivant en milieu rural eux-mêmes. Tous doivent travailler ensemble.

Nous soutenons également activement l'appel lancé par l'Alliance "d'encourager l'émergence et la croissance d'alliances nationales contre la faim fortes, garantes d'une gestion et d'une appropriation locale". De telles alliances pourraient aider à mobiliser un véritable engagement national pour réduire la faim et la pauvreté. Elles augmenteront également la prise de conscience à propos de la nécessité de se concentrer sur les secteurs ruraux où vivent la majorité de personnes pauvres et d'investir dans l'agriculture, principale source d'emploi pour les pauvres. Les alliances nationales pourront également faire un suivi des efforts nationaux et des résultats obtenus.

En tant que partie prenante de cette initiative, le FIDA a donné $28 000 pour la campagne d'ONG "More and Better" (Pour plus et mieux - une campagne internationale pour l'aide à l'alimentation, à l'agriculture, et au développement pour eliminer la pauvreté et la faim). Cette campagne cherche à renverser le déclin de l'aide au développement internationale allant à l'agriculture et à améliorer la qualité de cette aide. Une participation de 24 000 $ a également été approuvée pour développer un site Internet multilingue pour augmenter la prise de conscience au sujet de l'Alliance internationale contre la faim. Le site aidera également les membres de l'Alliance à coordonner leurs activités, fournira un forum pour le partage de l'information et sera un outil efficace pour mobiliser les ressources et renforcer l'appui politique.

E.C.: Le résultat principal est l'intérêt montré par les partenaires nationaux et internationaux qui, dans plus de 80 pays, souhaitent participer à ou créer une alliance nationale. Grâce à cet effort commun, l'Alliance a gagné en visibilité, crédibilité auprès des organisations internationales, régionales et nationales. Tous les partenaires des Nations Unies sont fortement engagés à diffuser l'information et à promouvoir et favoriser l'Alliance via leurs organisations membres. En travaillant ensemble, nous pouvons faire de l'Alliance internationale contre la faim un véritable partenariat mondial pour réaliser le premier Objectif de développement du millénaire - diviser par deux d'ici 2015 le nombre de personnes vivant dans la pauvreté et qui souffrent de la faim.

E.F.: D'une manière plus importante, peut-être, l'Alliance internationale contre la faim a renforcé son rôle public, non par les différentes agences prises individuellement, mais par les efforts de collaboration de tous les membres nationaux et internationaux de l'Alliance. La prise de conscience de l'opinion publique est une arme cruciale dans le combat pour la sécurité alimentaire, rappelant à une large audience le défi de la faim dans le monde et l'importance des solutions possibles. De cette façon, l'Alliance aide à créer une vague de fond de soutien pour l'action. D'un point de vue pratique, les agences basées à Rome tiennent maintenant des réunions régulières pour se tenir mutuellement informées de leurs différents efforts pour combattre la faim. Ces réunions nous permettent également d'explorer de nouvelles opportunités de collaborations futures, d'établir de nouveaux partenariats et d'aider à augmenter notre sphère d'influence.

En se basant sur la déclaration conjointe des organisations basées à Rome sur l'Alliance, publiée le 16 octobre 2003, quelles sont les prochaines étapes pour renforcer cette alliance?

E.F.: L'Alliance internationale contre la faim montre le chemin à suivre. Pour avoir un réel impact sur le terrain, nous devons encourager des programmes régionaux et nationaux à s'associer au combat pour la sécurité alimentaire. Il y a déjà plusieurs partenaires nationaux de l'Alliance, mais il en faudrait beaucoup plus. De même que la biodiversité agricole est un composant essentiel de la sécurité alimentaire, une diversité des organisations à tous les niveaux est nécessaire pour s'assurer que la faim et la malnutrition seront vaincues.

C.E.: Tandis que les Alliances se forment au niveau national, nous avons la responsabilité de fournir un appui aux efforts internationaux. Les dirigeants des agences basées à Rome doivent encourager leurs personnels à travailler ensemble sur des activités communes et à incorporer la promotion de l'Alliance internationale à leur activités. Nous fournirons également nos points de vue sur les stratégies, les politiques et le plaidoyer. Travailler avec des ONG et la société civile sera essentiel dans cet effort. Par ailleurs, les membres des instances de direction des agences utiliseront toutes les occasions à leur disposition pour favoriser les objectifs de l'Alliance internationale contre la faim.

E.C.: Le projet de document de stratégie de l'Alliance internationale contre la faim est la principale étape pour le proche avenir. Tous les partenaires de l'Alliance (agences des Nations Unies et membres de la société civile) se sont impliqués dans sa rédaction. Le document est conçu comme un plan de l'Alliance à moyen terme, et cherche à formaliser le statut de l'Alliance internationale et des alliances nationales ainsi qu'à préciser leurs compétences et leurs rôles respectifs. Nous avons partagé le document avec de nombreux partenaires, parmi lesquels des gouvernements et des ONG/OSC, pour commentaires et suggestions. Le document mettra l'Alliance en valeur et aidera à la développer de manière plus concrète et précise, car il sera finalisé avec l'aide de tous les partenaires.

Avec l'aide financière des agences basées à Rome, nous travaillerons également pour développer un nouveau site Internet de l'Alliance afin de communiquer sur ses objectifs et activités aux niveaux national et international. Ce site Internet sera développé à partir de l'expérience et des informations déjà disponibles sur des sites existants, notamment le site Internet du Réseau du système des Nations Unies sur le développement rural et la sécurité alimentaire et les pages web du site Internet de la FAO sur le suivi du Sommet mondial de l'alimentation: cinq ans après. Il sera régulièrement mis à jour et accessible en différentes langues. Naturellement, ce site Internet de l'Alliance devra être relié aux sites Internet de la FAO, du FIDA, de l'IPGRI et du PAM.

Pour lire le texte complet de la déclaration commune rédigée pour la Journée mondiale de l'alimentation 2003 par la FAO, le FIDA, l'IPGRI et le PAM sur l'Alliance internationale contre la faim, veuillez cliquer ici.


Les avis exprimés dans cet entretien n'impliquent aucune prise de position de la part du Réseau du Système des Nations Unies sur le développement rural et la sécurité alimentaire ni de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.