Entretien avec Mme Ada Civitani, chef de l'Unité de l'enseignement à l'ACRA



click for larger image [Photo RDFS/D. Martínez]


"Ajouter de la valeur à des actions complémentaires à différents niveaux est la clef pour la construction de partenariats mondiaux entre la base et les institutions. Tant les ONG que les agences de des Nations Unies sont confrontées à ce défi."
Mme Ada Civitani, chef de l'Unité d'enseignement de l'Association de la coopération rurale en Afrique et en Amérique latine (Associazione di Cooperazione Rurale in Africa e America Latina - ACRA) et point focal d'un consortium d'ONG italiennes pour les collaborations avec la FAO au sein de l'initiative du partenariat pour l'éducation pour les populations rurales (EPR). Dans cette entrevue, elle parle de la contribution des ONG à l'EPR tout en donnant un aperçu de la manière de renforcer la collaboration entre les ONG et les agences des Nations Unies.


La FAO et l'UNESCO joignent leurs efforts au sein de l'Initiative Education pour tous (EPT), avec une attention particulière portée à l'Education pour les populations rurales (EPR). Ce partenariat vise à renforcer la coordination entre tous les acteurs qui travaillent en faveur de l'éducation pour les populations rurales. Il est ouvert aux organisations engagées dans la promotion et l'amélioration de la qualité de l'éducation de base pour les populations rurales. Les organisations qui ont participé au lancement de ce partenariat et celles qui le rejoindront seront citées lors de tout événement où le programme-phare sera présenté.


Quelles activités sont réalisées par l'ACRA dans l'Initiative Education pour les populations rurales?

Avec un engagement fort de l'ACRA dans les activités d'enseignement et de construction des compétences dans les communautés rurales en Afrique et en Amérique latine, cette ONG a décidé de se joindre à l'Initiative EPR lors de son lancement avec un groupe d'ONG italiennes qui ont été contactées par la FAO. Le premier contact entre l'ACRA et la FAO a eu lieu pendant la rédaction d'une étude de la FAO "Résumé des expériences des ONG italiennes dans l'enseignement aux personnes vivant en milieu rural (octobre 2002)". L'ACRA a mis à disposition des informations de base concernant ses projets dans le secteur de l'EPR. Nous avons également représenté l'Association des ONG italiennes à l'"Atelier de travail des agences d'aide sur l'enseignement aux personnes vivant en milieu rural" organisé par la FAO avec la collaboration technique de l'UNESCO et de l'UNESCO/IIEP, (Rome, Italie, 12-13 décembre 2002). Cet atelier était le point de départ d'un engagement actif de l'ACRA dans l'Initiative EPR. En travaillant comme point de coordination pour l'Association des ONG italiennes, nous espérons le renforcement d'un réseau opérationnel parmi les ONG italiennes impliquées dans l'Initiative EPR et encourager d'autres ONG à rejoindre l'Initiative dirigée par la FAO.

En tant que point focal, l'ACRA a facilité la participation des ONG italiennes à plusieurs réunions internationales telles qu'une réunion de l'Initiative EPR organisée par la FAO en avril 2003 et la Réunion internationale des partenariats mondiaux pour le développement durable qui s'est tenue à la FAO en mars 2004. Au niveau international de l'EPR, l'ACRA a travaillé activement au réseau en Europe. Le résultat de ce travail a été le lancement d'un projet soutenu par un groupe d'ONG italiennes, françaises et britanniques, dirigé par l'ACRA en collaboration étroite avec la FAO et l'UNESCO/IIEP, et impliquant également un réseau d'ONG partenaires en Bolivie, au Chili, au Tchad, au Sénégal et en Tanzanie [lire l'article publié dans la mise à jour de mars 2004]. Ce projet vise à contribuer à la campagne internationale de conseil sur l'EPR par une initiative de deux ans, cofinancée par la Commission européenne. Le projet a un double objectif: renforcer l'Initiative EPR par la participation de la société civile européenne et augmenter l'impact du travail des partenaires grâce à un réseau. Les principaux acteurs et groupes cibles sont: les ONG européennes membres de CONCORD (est le mécanisme européen de coordination des ONG de l'Union Européenne. Il regroupe des associations et des plateformes nationales d'ONG ainsi que des réseaux et des familles d'ONG), les agences d'aide et de développement ainsi que les institutions au niveau local, national et européen, les écoles secondaires et universités européennes, les organisations de la société civile travaillant dans l'enseignement, le développement rural, la lutte contre de la pauvreté et la sécurité alimentaire, les organismes de défense des consommateurs, les opérateurs de médias et utilisateurs d'Internet.

Sur la base du travail mené par l'ACRA avec la FAO et l'UNESCO, quelles suggestions pouvez-vous donner pour augmenter la coopération entre les ONG/OSC et les agences des Nations Unies?

Ajouter de la valeur à des actions complémentaires à différents niveaux est la clef pour la construction de partenariats mondiaux entre la base et les institutions. Tant les ONG que les agences de des Nations Unies sont confrontées à ce défi. Les agences des Nations Unies peuvent fournir un réseau mondial et offrir un appui scientifique; elles peuvent facilement avoir une forte visibilité et aider à mobiliser des ressources au niveau politique international. D'autre part, les ONG peuvent offrir des expériences de terrain et fournir des liens avec des réseaux qui existent dans la société civile tant dans les pays du nord que du sud. Elles ont accès à des ressources spécifiques pour mettre en œuvre des actions; elles jouent aussi un rôle principal dans la construction d'un consensus pour une approche depuis la base des politiques nationales.

Quand il s'agit d'atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement, les agences de l'ONU et les ONG partagent les mêmes objectifs et stratégies. C'est également le cas de l'Initiative EPR. Certainement, les ONG et les agences des Nations Unies ont des approches spécifiques et des priorités et méthodologies différentes, liées à leurs différents contextes de travail. Un dialogue mutuel, des ressources pour la construction des compétences et des espaces spécifiques pour la participation et la gestion du réseau sont constamment nécessaires pour unir les efforts et pour combiner les politiques avec les travaux de terrain aux niveaux mondial et local. Grandes théories et petites pratiques sont nécessaires pour un impact efficace sur la qualité de vie des personnes dans chaque partie du monde. C'est seulement possible mais aussi nécessaire et utile. L'Initiative EPR veut y contribuer.

Les Groupes Thématiques nationaux du Système des Nations Unies sur le développement rural et la sécurité alimentaire, en tant que groupes multi-acteurs qui fonctionnent au niveau national sur la sécurité alimentaire et les questions de développement rural, pourraient également participer à cette campagne en contactant l'ACRA, par mon intermédiaire, en tant que coordonnatrice du projet, ou Mme Lavinia Gasperini à la FAO. Je serai heureuse de partager avec chaque groupe les informations sur le projet et de trouver la meilleure manière de travailler ensemble.

Quelles stratégies ont été conçues pour les activités de lobbying et de mise en réseau prévues dans le projet, au niveau local et au niveau international?

Au cours de l'Atelier de construction des compétences de l'EPR qui s'est tenu au siège de la FAO en novembre 2004, le projet soutenant la campagne internationale de promotion sur l'EPR a été officiellement lancé, et tous les partenaires ont commencé à partager les informations sur des questions et des stratégies d'EPR, échangeant leurs propres expériences et identifiant une base commune pour la gestion du réseau. Dans chaque pays impliqué, une ONG partenaire sera désignée pour mettre en application une stratégie de lobbying commune, à trois niveaux:
  1. augmenter la prise de conscience et les compétences sur des questions liées à l'EPR au niveau de la base, des écoles aux communautés et institutions locales.
  2. conseiller sur des questions liées à l'EPR au niveau national, encourager le réseau des institutions, des donateurs et des agences de l'ONU à inclure des stratégies d'EPR dans des politiques de coopération de développement et à favoriser des projets de coopération d'EPR dans les pays en voie de développement.
  3. favoriser des programmes de coopération décentralisés d'EPR, comme espace de réunion et de réseau, à partir des besoins, des intérêts et des ressources de tous les acteurs impliqués (tant dans les pays du nord que du sud).
Quelques recommandations générales ont été partagées pour garantir le plus grand impact de l'action ainsi que sa durabilité.

Construire des réseaux de base

Une approche participative sera employée pour faciliter une responsabilité efficace de chaque groupe cible dans un réseau au sein duquel la diversité des acteurs (géographique, thématique et culturelle) sera considérée comme indicateur de qualité. Les ONG participantes nommeront des points focaux de l'EPR, pour faciliter la coordination des ressources disponibles au niveau de la base dans les pays, régions et/ou communautés. Dans les pays européens impliqués dans la campagne, les professeurs et les étudiants des écoles secondaires, en particulier des centres de formation agricoles, seront impliqués dans des ateliers pilotes d'EPR se concentrant sur l'interdépendance de l'accès à et de la qualité de l'éducation pour les personnes vivant en milieu rural et sur le développement rural, en insistant sur l'importance de la formation pour un développement durable des communautés rurales, selon les besoins des personnes. En Bolivie, au Chili, au Tchad, au Sénégal et en Tanzanie, une recherche active sera menée, en se concentrant sur les stratégies d'EPR qui peuvent être appliquées au niveau local/régional par des programmes d'ONG de coopération au développement impliquant les communautés rurales, la société civile locale, les institutions et les agences de l'ONU (Veuillez cliquer ici pour en lire plus de détails).

Du réseau de base aux partenariats mondiaux

L'échange à la base, promu par chaque ONG partenaire avec son propre réseau, en collaboration étroite avec la FAO et l'UNESCO, sera constamment soutenu par l'Initiative EPR dirigée par la FAO. (Veuillez cliquer ici pour plus de détails)

Pour combiner cette approche ascendante avec une approche descendante, une attention particulière sera portée à la création de liens entre les réseaux aux niveaux local et national: des réseaux thématiques et des plateformes de la société civile seront impliqués en participant aux réunions et en partageant des actions de communication au niveau national, pour établir un consensus de la société civile sur les questions et les stratégies de l'EPR. (Veuillez cliquer ici pour plus de détails.

Communication

Une stratégie efficace de communication interne et externe sera maintenue. Des outils de communication -vidéo éducative et des dépliants pour les écoles, les municipalités et les ONG - seront produits en collaboration avec la FAO et l'UNESCO. Un relevé des besoins pour la communication sera effectué dans chaque pays impliqué. Un espace Internet sera fourni pour garantir un appui opérationnel qui facilitera une collaboration efficace entre les réseaux internationaux des ONG, des écoles, des acteurs locaux et des institutions. Les résultats du projet seront disponibles sur le site Internet de l'EPR-FAO, à l'adresse: http://www.fao.org/sd/erp.

Veuillez cliquer ici pour lire l'entrevue avec Lavinia Gasperini publiée dans la mise à jour d'août du site Internet de du Réseau.

Pour lire les documents de l'"Atelier de construction des compétences sur l'EPR" qui s'est tenu à la FAO du 15 au 17 novembre 2004, veuillez cliquer ici.


Les avis exprimés dans cet entretien n'impliquent aucune prise de position de la part du Réseau du Système des Nations Unies sur le développement rural et la sécurité alimentaire ni de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.