|
|
Entretien avec Dr. Rachid Benaissa, Ministre Délégué chargé du Développement Rural
[Photo Courtesy Algerian Ministry of Rural Development]
"Le développement rural n'est pas simplement vu comme un seul complément de l'activité agricole (infrastructures de base, transformations des produits agricoles, commercialisation) mais comme une dynamique ouverte aux activités agricoles et non agricoles lesquelles qui font toute la richesse des zones rurales."
Dans cet entretien, Dr. Rachid Benaissa, le Ministre Délégué chargé du Développement Rural de l'Algérie nous parle de la Stratégie de développement rural lancée par ce pays et propose des recommandations sur les thèmes de collaboration possible avec le Réseau du Système des Nations Unies sur le développement rural et la sécurité alimentaire.
La nouvelle Stratégie de développement rural durable (SDRD) que lance votre pays est basée sur les idées fortes de participation et de décentralisation. Elle est aussi une approche multidimensionnelle et intégrée qui intéresse un grand nombre d'acteurs agissant dans une démarche partenariale. Pouvez vous expliciter les formes que peuvent prendre ce partenariat dans les relations d'une part entre acteurs locaux, d'autre part entre les niveaux local et national?
Ces quarante dernières années, le développement de l'agriculture a oscillé entre la recherche d'une plus grande justice sociale- et je me réfère à la révolution agraire des années 70 _ à la recherche d'une plus grande efficience et productivité,- et je me réfère aux différentes structurations et restructurations souvent partielles qui ont suivi dans les années 80-90 - et aux efforts d'investissement et d'équipement consentis dans le secteur agricole et rural des années 2000. Des réalisations importantes ont été réalisé en matière d'infrastructures (électrification, accès à l'eau potable, équipements d'irrigation, etc.) Mais d'une manière générale, les modalités de conception, de formulation et mise en œuvre des politiques et des actions étaient inscrites dans une démarche centralisée, planifiée et dans laquelle l'Etat a joué un rôle dominant - voire prédominant.
Dans ce contexte, les relations entre divers acteurs concernés par les interventions au milieu rural, ont été basées sur des formes administratives descendants et technocratiques. Les efforts de coordination et d'harmonisation entre elles, ont aussi répondu au seul souci de rendre plus efficace l'injection d'investissements publics mais malheureusement n'ont pas toujours pu donner des résultats probants en matière d'efficience. Le cloisonnement entre les divers intervenants, l'absence d'une réelle concertation avec les bénéficiaires, l'environnement institutionnel peu favorable, ont joué un rôle de frein au partenariat et à son épanouissement.
Face à cette situation, nous avons voulu créer un contexte et des mécanismes au sein d'une nouvelle stratégie de développement rural durable. Cette initiative s'est appuyée sur une large concertation entre tous les acteurs et intervenants, élargi à tous les secteurs concernés par les enjeux du développement rural.
Notre point de départ a été de rechercher et de matérialiser un partenariat local, horizontal entre les différents acteurs pour les faire évoluer vers des relations de partenariat. Pour ce faire, l'outil fédérateur qui a été proposé est le projet de développement rural de proximité que nous appelons PPDR. Il a l'avantage de s'inscrire dans une vision intégrée, concerté et offre la possibilité de jouer la synergie entre tous les instruments et modes de financement qui sont présent en la matière (développement de l'exploitation agricole, de habitat, de l'éducation, de la santé, etc.).
Au point de vue des relations entre les niveaux local et national, je dois dire que la SDRD a renversé les procédures en accordant une primauté aux initiatives locales et en prévoyant de les faire remonter jusqu'aux services de financement.
Mais cette remontée se fait en premier lieu, jusqu'aux instances régionales qui ont bénéficié d'une décentralisation forte afin de leur permettre de remplir une fonction d'arbitrage et de décision, à leur niveau. Des comités d'examen et d'appréciation des requêtes ont été instaurés en ce sens. De même, les équipes d'accompagnement qui sont pluridisciplinaires puisqu'elles regroupent les différents services spécialisés mobilisés selon la nature du PPDR. Les comités et les équipes, bénéficient de formations complémentaires et d'outils de travail leur permettant de remplir leurs fonctions respectives d'arbitrages et d'accompagnement comme les bases de données, les indicateurs, les critères de cadrage des fonds de soutien.
Dans cet ensemble de procédure, le niveau central joue alors plus un rôle d'orientation général et de suivi-évaluation d'ensemble du dispositif et intervient plus a posteriori. Nous envisageons même de faciliter les relations plus directes entre les instances régionales et des expériences internationales au travers de la coopération décentralisée entre les régions et des entités et collectivités de pays du Nord.
Le PNUD et la FAO ont contribué à la formulation de la SDRD. Comment voyez vous la possibilité pour les Agences des Nations Unies d'apporter un appui à la mise en œuvre de la Stratégie et sous quelles formes?
Dans la majorité des cas, les appuis des agences de coopération sont restés ponctuelles ou ciblés sur une petite région ou une thématique particulière. Souvent, elles se sont articulées à des programmes intégrés développés par des instances publiques ou para-publiques. Avec les dispositifs de la nouvelle stratégie de développement rural durable, un cadre cohérent de coopération leur est offert sur l'ensemble des régions du pays ou d'un groupe de régions ayant une même problématique de développement (zones de montagne, zones arides, etc).
De plus, les modalités partenariales que la stratégie propose offrent aussi deux avantages forts à la coopération internationale : le premier concerne le type d'appuis aux initiatives locales, en faisant de ces institutions de coopération des partenaires au même titre que les autres acteurs ; le second permet de jouer la complémentarité des appuis des donateurs avec d'autres sources de coopération et donc de créer une meilleure synergies entre elles.
Nous sommes donc ouverts à toute coopération qui accepterait de s'inscrire dans le schéma de la SDRD soit dans une région donnée, soit sur une thématique concernant toutes les zones rurales.
Le Réseau du Système des Nations Unies sur le développement rural et la Sécurité alimentaire constitue aussi un Forum de discussion. Y a-t-il des domaines et des thèmes pour lesquels vous souhaiteriez établir des échanges et des confrontations d'expériences avec d'autres membres de ce réseau dans le futur?
Nous sommes demandeurs de tout échanges et confrontations d'expériences. Ceci est très important pour nous dans cette phase de construction de notre stratégie. Bien que la SDRD soit le fruit d'un processus progressif d'élaboration - nous y travaillons depuis juin 2002 avec l'appui d'ailleurs de coopération multilatérale (et la FAO a joué un rôle important dans cet exercice) et de la coopération bilatérale, lors de nos contacts avec d'autres pays. Néanmoins, au fur et à mesure de la mise en œuvre des procédures partenariales et territoriales, des PPDR, comme des dispositifs de suivi-évaluation, nous ressentons l'intérêt d'apprécier avec d'autres expertises, la pertinence des choix qui sont faits. Ceci porte sur les principes généraux mais aussi et peut-être surtout sur les outils, indicateurs précis pouvant être enrichis, approfondis.
A l'inverse, je voudrais aussi proposer que les avancées et acquis de l'expérience algérienne puissent aussi servir à d'autres pays. En effet, lors des réunions internationales auxquelles j'ai eu l'opportunité de participer, j'ai pu constater les interrogations de mes collègues et le fait, que nous avions quelques réponses à leur soumettre. Je pense au concept de ruralité qui me parait avoir atteint une dimension plus large chez nous que dans d'autres pays. En effet, le développement rural n'est pas simplement vu comme un seul complément de l'activité agricole (infrastructures de base, transformations des produits agricoles, commercialisation) mais comme une dynamique ouverte aux activités agricoles et non agricoles lesquelles qui font toute la richesse des zones rurales. Aujourd'hui la ruralité est d'abord marquée par la diversité des activités et des potentialités que ces zones décèlent et ceci nous oblige à adopter une vision plus large des problèmes à traiter comme des solutions à proposer. Je me réjouis d'avance de l'initiative de la FAO pour organiser courant 2005, une rencontre des différents responsables et acteurs du développement rural des pays méditerranéens sur la stratégie algérienne de développement rural durable.
Les avis exprimés dans cet entretien n'impliquent aucune prise de position de la part du Réseau du Système des Nations Unies sur le développement rural et la sécurité alimentaire ni de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.
|