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Entrevue avec Mercy Karanja – FIPA et Campagne « Plus et mieux »


"Un des résultats les plus importants que la campagne a obtenu est la définition de critères. Nous avons travaillé durant deux ans et décidé des caractéristiques de ce que devrait être, à notre avis, une aide plus abondante et de meilleure qualité
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Dans cet entretien, Mme Mercy Karanja, Coordonnatrice des politiques de développement pour la Fédération internationale des producteurs agricoles (FIPA) et membre de la campagne d'aide internationale Plus et mieux, partage son point de vue sur les étapes importantes atteintes par la campagne, les résultats de leur plus récente réunion et les moyens que Plus et mieux et l'Alliance internationale peuvent utiliser pour travailler ensemble au niveau national. 

Deux ans ont passé depuis le lancement de la campagne de lobbying « Plus et mieux », quel a été le principal résultat obtenu jusqu'à présent?

Un des résultats les plus importants que la campagne a obtenu est la définition de critères. Nous avons travaillé durant deux ans et décidé des caractéristiques de ce que devrait être, à notre avis, une aide plus abondante et de meilleure qualité. Nous avons retenu maintenant six critères et ceci peut certainement être considéré comme une étape importante. Nous essayons également de diffuser l'information de la campagne Plus et mieux à un public plus large pour permettre à plus de personnes de s'engager et de mener des actions de lobbying en ligne avec ces principes (ou d'autres selon la situation locale). Au cours des deux dernières années, nous avons vu grandir l'intérêt pour cette campagne, de plus en plus de personnes y adhérent et mènent des actions au niveau national. Nous recevons progressivement des rapports de différents membres et organisations nationales. Ceci prouve qu'il y a vraiment quelque chose qui se produit au niveau national et à mon avis ceci constitue un indicateur positif. 

Comment sont nées ces campagnes nationales?

L'idée de la campagne « Plus et mieux » est venue du rassemblement de diverses institutions pour promouvoir et s’approprier ce message d'une aide plus abondante et meilleure. Par conséquent, par notre seule participation, nous nous assignons à soutenir cette campagne. Dès que vous y croyez, vous en faites partie et la partagez avec vos compatriotes. La majeure partie de l'action se produira au niveau national. Le niveau international de la campagne aide à faire émerger et à rassembler les idées. Aujourd'hui nous représentons ici nos organisations et nos différentes entités mais nous devrions promouvoir des campagnes nationales en informant d'autres acteurs impliqués dans les questions alimentaires, en créant un comité ou un groupe qui promeut cette campagne au niveau national. Nous ne devons pas programmer pour les autres. L'approche doit être de demander: "Que faites-vous? Pouvez-vous adhérer à ces principes et les promouvoir? Alors, nous pouvons nous rassembler et créer des synergies". 

Vous représentez également la Fédération internationale des producteurs agricoles (FIPA). Pouvez-vous nous dire ce qui a été concrètement réalisé dans le secteur des organisations paysannes dans le contexte de la campagne « Plus et mieux »?

Un des aspects sur lesquels nous avons beaucoup insisté est l'implication des agriculteurs dans la conception, la mise en œuvre et le suivi/évaluation des programmes de développement. De notre point de vue, les ressources qui sont disponibles pour le développement devraient être dirigées vers les secteurs considérés prioritaires par les agriculteurs eux-mêmes. C'est pourquoi il est également essentiel d'avoir des manuels qui aident les gens à comprendre les conditionnalités des aides. Il est important pour nous de fournir l'information à nos membres, de leur faire savoir qu'ils peuvent s’exprimer, et de les motiver pour utiliser activement cet espace afin de faire connaître leurs priorités. Je pense que ceci est un message très fort envers nos organisations membres dans les pays en voie de développement. Ceci fonctionne bien dans la conception des Documents de stratégies de réduction de la pauvreté (DSRP), pour lesquels on peut observer un engagement et de nombreux progrès. Par exemple, au Kenya, les paysans ont été impliqués dès le début dans des programmes de réduction de la pauvreté.

Quels actions futures ont été décidées durant la réunion de la campagne « Plus et mieux » qui a eu lieu à Rome? 

Nous sommes très ambitieux et nous espérons que nous pourrons réaliser la plupart des objectifs que nous nous sommes fixés. Naturellement, nous avons de très faibles ressources pour faire la plupart des choses que nous désirons réaliser. Un de nos objectifs principaux est d'avoir à l'avenir des études de cas documentées pour illustrer les principes que nous avons déjà énoncés. Ces études de cas aideront d'autres qui voudraient effectuer un travail similaire. Elles incluront une étude sur les DSRP : Comment ont-ils été formulés? Où ont-ils fonctionné? Qu'est-ce qui a (ou n'a pas) spécifiquement fonctionné?

Un autre aspect que nous avons décidé de renforcer est le partage des informations entre nos propres membres afin d'apprendre entre nous et d'améliorer notre travail. Il y a des organisations qui ont très bien réussi leurs campagnes et elles ont des choses à nous apprendre. Quelles stratégies ont-elles appliqué? Qu'est-ce qui a fonctionné et ce qui n'a pas fonctionné? Comment ont été approchés les gouvernements pour plaider en faveur d'une aide plus abondante et meilleure pour l'agriculture? Nous voulons apprendre ce que les autres peuvent nous enseigner.

Nous pensons également que nous avons un grand rôle à jouer dans des situations d’urgences comme le tsunami de l'Océan Indien. La meilleure chose que nous puissions faire est d'être en première ligne. Ceux qui sont les plus proches de l'urgence devraient donner une alerte rapide aux autres et être impliqués dans ce qui se produit dès que possible. Nous avons reçu trois études de cas de nos associés impliqués dans l'aide lors du tsunami en tant qu'élément de la campagne Plus et mieux. Elles ont fourni des informations à d'autres membres et aidé à rejoindre d'autres dans le travail qui était fait. Nous devons faire partie d'un système de surveillance au niveau local. Nous ne voulons pas de structure énorme au niveau international. 

L'Alliance internationale travaille également tant au niveau national que régional pour stimuler la volonté politique d'en finir avec la faim. Quelles activités concrètes ont pu être effectuées conjointement? 

En fait, elles ne devraient pas être des entités différentes. Un des problèmes majeurs que je constate est la multiplicité et diversité des approches au niveau national. Il y a beaucoup de structures qui travaillent sur les mêmes sujets, elles ne se rencontrent pas et elles ne savent pas ce que font les autres. Ceci cause une grande confusion pour chacun : responsables et acteurs sur le terrain. Tout le monde essaye d'avoir son propre domaine de travail. Pour moi, l'Alliance internationale pourrait renforcer l'intégration de toutes ces initiatives. Elle peut rassembler les différentes entités et éviter ces différentes approches. L'Alliance aide à établir les positions et principes communs qui doivent être préconisés.   

Un des problèmes que nous avons sur le terrain concerne la variété des positions que le gouvernement lui-même reçoit de la part de la société civile. Maintenant que la société civile obtient un espace si important et une invitation à participer, il est temps que nous "organisions notre maison" et c'est une tache très délicate à mener. Au niveau national, l'Alliance devrait être un objet d'unité, neutre et sans prise de position. Elle devrait unifier tous les acteurs et défenseurs liés à la sécurité alimentaire de telle manière que nous puissions partager des points de vue et des directions communes. Autrement, la société civile continuera à faire beaucoup de bruit et le gouvernement à se demander : "Quel est exactement votre message?" parce que nous n'avons pas de message commun. A cet égard, la campagne « Plus et mieux » a donné un message de la société civile au sens large. Je crois que ce sont des questions essentielles sur lesquelles l'Alliance et la campagne « Plus et mieux » peuvent avancer, particulièrement au niveau national. 

Pour plus d'informations sur la campagne d'aide « Plus et mieux », veuillez visiter leur site Internet à l'adresse : www.moreandbetter.org.


Les avis exprimés dans cet entretien n'impliquent aucune prise de position de la part du Réseau du Système des Nations Unies sur le développement rural et la sécurité alimentaire ni de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.