Entretien avec Bruce Moore, coordonnateur de la Coalition internationale pour l'accès à la terre




 

"L'accès à la terre est identifié par tous comme une condition essentielle pour combattre la faim (...) et pour garantir un environnement durable, lutter contre la désertification et prévenir les conflits" 



Dans cet entretien, M. Bruce Moore, coordonnateur de la Coalition internationale pour l'accès à la terre partage avec le Réseau les résultats de sa récente Assemblée mondiale qui s'est tenue en Bolivie en mars 2005, et expose comment la Coalition contribue à la réalisation du premier Objectif du millénaire pour le développement. 

En mars 2005, l'Assemblée mondiale de la Coalition internationale pour l'accès à la terre a eu lieu pour la première fois en-dehors de Rome. Pouvez-vous partager avec nous les résultats de cette réunion?

L'Assemblée mondiale des membres de la Coalition internationale pour l'accès à la terre 2005, qui s'est tenue à Santa Cruz en Bolivie du 19 au 23 mars 2005, a rassemblé  la société civile et les organisations intergouvernementales de 30 pays autour du thème "La terre est la vie". 

Les sessions de travail ont été consacrées au partage d’expériences entre les partenaires de la Coalition pour l'accès à la terre. Cet échange a permis de parler des différents types et formes de politiques agraires et de programmes d'action qui ont réussi dans différentes communautés et pays. L'Assemblée a mis l’accent sur une meilleure compréhension par tous les participants des dynamiques des facteurs sociaux, politiques, techniques, économiques et légaux dans la prise de décision politique. Entre autres, les participants ont débattu sur les droits à la terre, les droits ancestraux, les conflits fonciers, les industries extractives, la gestion durable des ressources naturelles et la gestion des petites exploitations. 

A la fin de l'Assemblée, les participants à la réunion ont fait une Déclaration pour l'action collective . Cette déclaration insiste sur les thèmes prioritaires qui ont émergé des échanges entre les représentants du gouvernement bolivien et les groupes de la société civile - associations paysannes et de populations autochtones, secteur privé et les mouvements sociaux. Dans ce document, la Coalition pour l'accès à la terre est invitée à servir de facilitatrice pour débattre des différentes manières de sécuriser le droit à la terre pour les pauvres en renforçant le dialogue entre les mécanismes existant aux niveaux local, national et international pour résoudre les questions liées à la terre.

"La Coalition pour l'accès à la terre doit ouvrir un débat sur les différentes  manières et formes par lesquelles les droits à la terre peuvent être sécurisés pour les pauvres. La résolution des conflits agraires existants et l'empêchement de nouveaux conflits dépend de la capacité à concevoir des systèmes de gestion agraire qui répondent aux besoins et aux conditions spécifiques des différents pays. La Coalition pour l'accès à la terre devrait également renforcer et lier les mécanismes locaux, nationaux et internationaux pour résoudre les conflits agraires."  

En quoi la Coalition internationale pour l'accès à la terre aide-t-elle à la réalisation du premier OMD, visant la réduction de moitié de la faim et de la pauvreté?

L'accès à la terre est identifié par tous comme une condition essentielle pour combattre la faim. Notre mission est de collaborer avec les pauvres vivant en milieu rural pour augmenter leur sécurité d'accès aux ressources naturelles, particulièrement à la terre, et leur permettre de participer directement à la politique et aux processus décisionnels qui affectent leurs moyens de subsistance aux niveaux local, national, régional et international. 

Leur droit à la terre et à l'eau est la base de toute solution durable pour l'allègement de leurs problèmes. Sans sécurité agraire, les pauvres vivant en milieu rural n'ont aucun accès durable aux ressources naturelles, au crédit, aux technologies avancées et aux services d'aide requis pour améliorer leur productivité et leurs revenus. En conséquence, la promotion et l’appui aux réformes agraires a été choisi comme l'objectif central de la Coalition pour l'accès à la terre. Mais notre objectif n'est pas la terre  pour elle-même, il s'agit de permettre aux pauvres de gagner les moyens d'accéder à des moyens de subsistance durables.

L'importance stratégique de la terre était particulièrement évidente lors de notre Assemblée des membres à Santa Cruz. Nos membres, venus du monde entier, ont partagé leur expérience et ont vu, sur place, la signification de la question agraire en Bolivie. Les visites de terrain en Bolivie ont permis de rencontrer des fonctionnaires du gouvernement, des mouvements citoyens et des leaders avec qui ils ont partagé leurs expériences et comparé les politiques et programmes destinés à améliorer la sécurité de l'accès des pauvres à la terre, et aux biens de production qui y sont liés. 

Quels liens existent entre la mission de la Coalition et l'accomplissement du huitième OMD qui consiste à assurer un environnement durable?

Ici encore, on admet généralement que l'accès sécurisé à la terre est une condition essentielle pour garantir un environnement durable, combattre la désertification et prévenir les conflits. En d'autres termes, les vraies causes de la dégradation des ressources naturelles sont enracinées dans les déséquilibres de pouvoir, de richesse, de connaissance et d'accès aux ressources.

Cependant, le fait que le droit à la terre puisse casser le cycle de la pauvreté et la dégradation des ressources naturelles n'est pas nouveau : les scientifiques et les praticiens du développement reconnaissent de plus en plus que la restauration des terres dégradées et la protection de l'eau, des sols et des forêts exigent que les pauvres acquièrent un accès sécurisé à la terre et aux services de production liés.

À cet égard, la communauté internationale se soucie de plus en plus de la façon de briser le cercle vicieux de la désertification . Sans surprise, les questions foncières apparaissent toujours en première place, parce que des droits de propriété sûrs permettent de fournir aux pauvres l'incitation nécessaire à un investissement dans la productivité agraire à long terme. Sans droits sécurisés, les pauvres prennent la terre qu'ils peuvent pour satisfaire leurs besoins de base. Avec leurs ressources limitées, il est compréhensible qu'ils n'investissent pas si les bénéfices de l'amélioration de la qualité de la terre peuvent être réclamés par d'autres. Des droits de propriété légalement sécurisés font évoluer leur comportement d'utilisateurs en investisseurs.

Comment la Coalition internationale pour l'accès à la terre peut-elle collaborer avec l'Alliance internationale contre la faim et le Réseau du système des Nations Unies sur le développement rural et la sécurité alimentaire pour améliorer le droit des pauvres à la terre?

En raison de facteurs politiques et de la sensibilité sur les questions foncières, les débats s'orientent souvent vers les questions techniques plutôt que sur le besoin d'une redistribution plus équitable de la terre. Heureusement, des signes de volonté politique apparaissent au niveau international, au moins au niveau des Nations Unies. Nous sommes fiers de dire que, pour la troisième année consécutive, le Comité économique et social des Nations Unies (ECOSOC), comité de niveau le plus élevé après l'Assemblée générale et le Conseil de sécurité, et lieu où la majeure partie des affaires des Nations Unies sont débattues, a invité la Coalition pour l'accès à la terre à co-diriger leur réunion du Segment ministériel de haut niveau qui a eu lieu à New York. 

L'année dernière, la Coalition pour l'accès à la terre et le président du Bénin ont co-présidé une table ronde ministérielle sur les liens entre l'accès à la terre et le crédit, sous le thème "Transformer les avoirs en capital utilisable". Le président du Bénin a ensuite invité les participants à la table ronde avec la Coalition pour l'accès à la terre, à se joindre à une initiative de divers acteurs dans ce pays, par laquelle les partenaires de différents secteurs pourraient examiner de nouvelles manières de travailler ensemble pour réduire la pauvreté et pour augmenter les revenus de ménages pauvres en améliorant la valeur des ressources agraires et de propriété. 

Dans le cadre de l'ECOSOC, le Comité pour le développement durable (CSD) et la Coalition pour l'accès à la terre, ainsi que son hôte le FIDA, ont organisé en avril 2005 un atelier sur « l’accès à la terre, l'eau et les questions de genre » pour sensibiliser sur l'importance pour les femmes d'obtenir un accès sécurisé à ces ressources essentielles.

Je présiderai une table ronde ministérielle de l'ECOSOC au siège des Nations Unies le 30 juin 2005 sur « La terre et les conflits ». Les résultats de cette session devraient servir pour la préparation du Sommet du millénaire +5 (14 au 16 septembre 2005) étant donné le lien entre les questions foncières et la pauvreté et donc les Objectifs des Nations Unies pour le développement, la sécurité et les droits de l'homme pour tous les citoyens.

Pour plus d'informations sur les activités de la Coalition internationale pour l'accès à la terre et sur les résultats de son Assemblée internationale, veuillez visiter leur site Internet à l'adresse : www.landcoalition.org.

Pour lire l'entretien précédent avec M. Bruce Moore, publié dans la mise à jour de décembre 2002 de notre site Internet, veuillez cliquer ici.


Les avis exprimés dans cet entretien n'impliquent aucune prise de position de la part du Réseau du Système des Nations Unies sur le développement rural et la sécurité alimentaire ni de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.