Entretien avec les co-présidents de l'Alliance Française contre la Faim "Alliés contre la faim"

"Un de nos plus grands succès a été d'être en mesure de réunir autour d'une table: organisations de la société civile, ONG, agences internationales de coopération, institutions gouvernementales, pour écouter le point de vue des autres avec le même but commun: réduire au minimum la vulnérabilité de la population guatémaltèque l'année prochaine."

Dans cette entrevue, le Secrétaire sur les questions de sécurité alimentaire et de nutrition à la Présidence du Guatemala parle des origines du Secrétariat et de son évolution à partir du "Frente Nacional contra el Hambre" (Front national contre la faim) ainsi que des activités qui ont eu lieu jusqu'à aujourd'hui.

Comment s'est concrétisé le lancement d'une Alliance nationale contre la faim en France?

Le "Frente Nacional contra el Hambre" a été créé pour répondre à la situation d'insécurité alimentaire et de malnutrition du Guatemala qui avait été étudiée de manière informelle déjà depuis 4 ou 5 ans. Depuis le début, nous nous sommes rendu compte qu'aucune politique publique ne traitait vraiment de la faim, la malnutrition et l'insécurité alimentaire du pays. C'est pourquoi une de nos premières activités a été d'identifier ce que devaient être ces politiques publiques. Nous savions que les structures gouvernementales n'étaient pas liées au reste des institutions du Guatemala. Plusieurs de ces entités partagent les mêmes sensibilités, actions et priorités. Beaucoup mettent en œuvre les mêmes activités en utilisant les mêmes méthodologies mais sans se coordonner ou partager des expériences entre elles.

La première priorité était de créer une cohésion entre les membres. C'est pourquoi nous avons institué les "C" du "Frente Nacional contra el Hambre". Le premier C correspond à la Connaissance: nous devons nous connaître, savoir ce qui se passe et savoir qui sont les acteurs. Une fois que nous nous connaissons nous devons favoriser la Communication entre les acteurs. Nous devons favoriser le dialogue pour nous informer sur les initiatives en cours ainsi que sur les centres d’intérêt de chaque membre. Ceci permet d’atteindre le troisième C, la Confiance entre tous les acteurs du système, qui permet de progresser et qui se situe à un niveau interpersonnel plutôt qu'à un niveau institutionnel. Une fois que la confiance est établie des engagements (Compromisos) peuvent être pris, c'est-à-dire qui fera quoi. Lorsque des engagements sont réalisés d'une manière interinstitutionnelle, la Cohésion est atteinte et mieux, une Coordination et un travail d'équipe. Si nous ne respectons pas les engagements faits, nous brisons la confiance et quand nous brisons la confiance tout est détruit. C'est pourquoi la confiance est le noyau du groupe.

Quel mécanisme de coordination a été développé au sein du Secrétariat?

Il est important de trouver des lieus de rencontre. Nous pensons que les crises après l'ouragan Stan ont accéléré tous les processus que nous mettions en place. Notre façon de procéder est basée sur la participation et la coordination tout en partageant les informations et les initiatives. Parfois nous ne sommes pas très enclins à la coopération parce qu'elle implique l'abandon d'espaces et la coresponsabilité d'initiatives, et dans beaucoup de cas nous ne sommes pas intéressés ou ne voulons simplement pas faire de telles choses.

Pendant l'urgence et avec le manque de fonds, tous les acteurs ont été forcés de s'asseoir autour d'une table et de collaborer parce que nous étions très vulnérables et que nous avions besoin d'être beaucoup plus efficaces, et la seule manière d'y arriver était de parler ensemble.

Un de nos plus grands succès a été d'être en mesure de réunir autour d'une table: organisations de la société civile, ONG, agences internationales de coopération, institutions gouvernementales, pour écouter le point de vue des autres avec le même but commun : réduire au minimum la vulnérabilité de la population guatémaltèque l'année prochaine.

Les alliances nationales peuvent-elles renforcer l'Initiative Amérique latine et caraibe «sans Faim en 2025*» (“América Latina y el Caribe Sin Hambre 2025” - ALCSH) ?

Elles peuvent certainement renforcer l'Initiative. Il est très important de renforcer l'Alliance nationale pour renforcer les Alliances régionales. Les Alliances nationales constituent des éléments très forts: elles consolident le combat contre la faim en le rendant plus visible. Un acteur seul ne peut jamais avoir autant d'impact qu'un réseau de partenaires. C'est pourquoi ces réseaux devraient être plus forts afin de partager davantage d'informations, d'histoires sur les succès, d'initiatives entreprises et de prises de conscience. Un acteur unique ne peut pas réaliser autant d'activités importantes. Un pays ne peut pas dire qu'il lutte contre la faim si seul le gouvernement ou la société civile y travaille. Ce doit être une initiative dans laquelle tous les acteurs sont engagés.

Pour plus d'informations sur le Secrétariat guatémaltèque sur la sécurité alimentaire et de la nutrition, veuillez visiter son site Internet à l'adresse: http://sesan.gob.gt/index.php.

* L'Initiative Amérique latine et caraibe «sans Faim en 2025» cherche à relancer le combat contre la faim et à supprimer le nombre de personnes souffrant de la faim dans la région (estimées à 53 millions), en commençant par éliminer la malnutrition pour 3,5 millions de personnes par an. L'Initiative a été lancée par le vice-président du Guatemala au cours du Sommet mondial des Nations Unies en septembre 2005 et le Président brésilien Luis Ignacio Lula Da Silva lors de la Journée mondiale de l'alimentation 2005.


Les avis exprimés dans cet entretien n'impliquent aucune prise de position de la part du Réseau du Système des Nations Unies sur le développement rural et la sécurité alimentaire ni de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.