Nouvelles - Octobre 2003

Colloque International sur le travail décent dans l'agriculture

Des délégués syndicaux de plus de 50 pays se sont réunis à Genève, du 15 au 18 septembre, pour participer à un colloque organisé par le Bureau International du Travail (BIT) sur "le travail décent dans l'agriculture". Des fonctionnaires de la FAO, de l'Alliance coopérative internationale, du CNUCED, de l'Organisation Mondiale du Commerce(OMC), d'organismes gouvernementaux et d'ONG ont également assisté et participé à ce rencontre.

Le but de la réunion était d'examiner comment les ouvriers ruraux et leurs organisations peuvent contribuer davantage à une croissance agricole durable et aux objectifs de sécurité alimentaire et de réduction de la pauvreté, tout en améliorant les conditions de travail en milieu rural dans le cadre du marché mondial actuel.

Le colloque était particulièrement opportun car il s'est tenu exactement une journée après l'échec inattendu de la 5ème Conférence interministérielle de l'OMC à Cancún, au Mexique.
Le colloque a été ouvert par Juan Somaviá, Directeur général du Bureau international du travail (BIT), qui a précisé que l'on estime que deux tiers de 840 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté se trouvent actuellement dans le secteur rural et constituent plus de la moitié de la main-d'oeuvre mondiale. Malheureusement, a t- il également noté, les ouvriers ruraux sont rarement consultés par les gouvernements ou impliqués dans la formulation des politiques agricoles et de développement rural qui affectent les moyens de subsistance de leurs familles. En bref, ils restent en grande partie invisibles aux décideurs et sont plutôt considérés comme des "facteurs de production" impersonnels que comme des êtres humains.

Le travail principal du colloque, s'est concentré sur l'obtention d'un consensus entre les syndicats afin d'agir sur un certain nombre de questions clés, incluant : les normes et conventions de travail, l'emploi dans l'agriculture, la protection sociale, la salubrité et sécurité, le rôle des multinationales et " l'après Cancún. "

Parmi les principaux résultats issus de ces discussions, on peut citer :
  • 70 pour cent du travail des enfants ont lieu dans l'agriculture, ce qui représente 175 millions d'enfants;
  • les ouvriers ruraux et leurs organisations ne sont pas encore impliqués activement dans la préparation des Documents de Stratégie de Réduction de la Pauvreté actuellement soutenue par la Banque mondiale et le FMI dans les Pays considérés comme pauvres et fortement endettés;
  • il y a un large consensus sur le fait que le facteur principal qui empêche le développement de l'agriculture et de l'emploi rural dans les Pays les moins avancés (PMA) concerne les subventions continues (directes et indirectes) que les plus grands pays industrialisés accordent à leur agriculture d'exportation. Selon la façon dont on les définit, elles atteignent 295 à 300 milliards de dollars par an et permettent à ces pays de vendre leur production sur les marchés des PMA à des prix inférieurs aux coûts de production
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  • les participants venant de l'OMC, du CNUCED, de la FAO et du CSC (Comité Syndical Consultatif- TUAC en anglais ) ont tous exprimé leur déception suite à l'échec des négociations de Cancún, et les dirigeants syndicaux ainsi que ceux des ONG ont particulièrement critiqué l'attitude des pays industrialisés qui ont refusé de faire des concessions sur les subventions à l'exportation qui étouffent le potentiel agricole des pays en voie de développement;

  • La plupart des syndicats ont considéré les négociations de Cancún sous un aspect positif, car c'était la première fois qu'un groupe de 21 pays en voie de développement (conduit par de grands exportateurs agricoles : le Brésil, l'Inde, la Chine, l'Afrique du sud et l'Argentine), s'est opposé à la position des USA, de l'Union européenne et du Japon dans leur appui continu aux subventions aux exportations agricoles et a refusé de négocier d'autres réductions des barrières au commerce agricole tant que cette position resterait inchangée
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Le colloque s'est terminé par un appel final pour que tous les syndicats unissent leurs efforts pour atteindre tous les ouvriers agricoles et du secteur rural, (en particulier les ouvrières et les travailleurs migrants, masculins et féminins) afin d'augmenter leur force de représentation et de mobilisation.

Les participants ont également vivement recommandé une collaboration technique plus étroite avec d'autres agences que le BIT, telles que la FAO, le FIDA, la Banque mondiale, destinée à renforcer les capacités institutionnelles des organisations d'ouvriers ruraux à promouvoir plus efficacement la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté. Un échange d'informations sur la production et les questions liées au commerce ainsi qu'une étroite collaboration lors d'activités communes de renforcement des capacités institutionnelles ont également été recommandés.

D'autres collaborations devraient être réalisées entre le BIT et la FAO sur la formation de la jeunesse rurale, sur la prévention et le traitement du SIDA, ainsi que sur la recherche concernant l'impact de l'ajustement commercial agricole sur l'emploi et les moyens de subsistance ruraux.

En ce qui concerne des idées de réforme postérieures à Cancún, il y a eu un large consensus pour dire que le mécanisme actuellement utilisé par l'OMC pour négocier les accords de libéralisation du commerce agricole doit être une révisé et réformé. La prise de décision actuelle n'est pas transparente et tend à favoriser les délégations à l'OMC des pays riches industrialisés. Il y a eu un large accord pour dire que l'objectif final du processus de libéralisation du commerce agricole devrait être un système marchand équitable qui élimine les distorsions commerciales.

Pour télécharger le résumé de ce colloque, vous pouver cliquer ici.